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Kraken Réclame 22 Millions à Mazars Après un Audit Abandonné au Pire Moment

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Kraken veut son argent. Via sa maison mère Payward, l’exchange a demandé à la Cour de la Chancellerie du Delaware de rendre un jugement final contre Mazars USA, son ancien auditeur — après qu’un arbitre lui a déjà attribué 22 millions de dollars.

Le conflit remonte à décembre 2023. Mazars s’est retiré de l’audit de Kraken pour l’exercice 2022, et pas n’importe quand : quelques jours avant la finalisation du dossier. Trois ans d’audit, deux avis favorables, et puis rien. Selon Kraken, Mazars avait même confirmé par écrit qu’il n’avait aucun désaccord avec la direction, aucune inquiétude sur l’intégrité de l’entreprise, aucune découverte de fraude. Mazars, lui, a justifié sa démission par des développements juridiques — en gros, une plainte déposée par la SEC contre Kraken. Sauf que cette plainte a été rejetée par la suite, sans pénalités.

Pas vraiment une justification solide, selon Kraken.

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Des Millions Perdus à Reconstruire la Confiance

L’abandon de cet audit a coûté cher. Kraken dit avoir perdu des années et des millions de dollars en frais juridiques pour sécuriser de nouveaux auditeurs et rassurer les banques, les régulateurs, les contreparties. Tout ça parce qu’un auditeur a claqué la porte à quelques jours de la ligne d’arrivée. Depuis, Kraken a obtenu des audits favorables chaque année — mais le mal était fait.

Et le timing n’est pas anodin. En décembre 2022, soit un an avant le retrait de Mazars sur le dossier Kraken, le groupe Mazars avait déjà cessé son travail de preuve des réserves pour l’ensemble du secteur crypto, supprimant ces rapports de son site. Un signal fort que la firme voulait prendre ses distances avec l’industrie.

Arjun Sethi, co-PDG de Kraken, place tout ça dans un contexte plus large. Pour lui, c’est de l' »Operation Chokepoint 2.0″ — une expression qui désigne ce que certains voient comme un effort coordonné des régulateurs pour couper les entreprises crypto légales des services bancaires traditionnels. Pas une théorie farfelue, d’ailleurs : un comité de la Chambre des représentants a conclu que des pressions informelles avaient bien été exercées pour éloigner les banques des acteurs du secteur des actifs numériques.

Les chiffres sont là pour le prouver. Des documents obtenus via la loi sur la liberté de l’information ont montré que la FDIC a envoyé au moins 25 lettres à deux douzaines de banques, les incitant à suspendre ou éviter d’élargir leurs activités liées aux cryptomonnaies. Pas des ordres officiels. Des pressions informelles. Ça change tout sur le plan légal, mais l’effet est le même.

Silvergate, Signature, et l’Étau Bancaire de 2023

En mars 2023, les réseaux de paiement gérés par Silvergate et Signature ont fermé à quelques jours d’intervalle. Deux piliers des transactions crypto qui disparaissent en même temps. Pour les exchanges et les entreprises du secteur, c’était brutal — trouver un accès bancaire stable est devenu un casse-tête majeur. La Réserve Fédérale a aussi refusé un compte principal à Custodia, une banque du Wyoming spécialisée dans les actifs numériques. Coup dur pour les institutions qui voulaient opérer dans le cadre réglementaire existant tout en offrant des services crypto.

Sethi a aussi évoqué le cas de Jesse Powell, fondateur de Kraken. En mars 2023, le domicile de Powell a été perquisitionné par les autorités fédérales — dans le cadre d’un conflit sans lien direct avec Kraken. Deux ans plus tard, l’enquête a été clôturée sans charges. Powell a depuis cédé la direction à Dave Ripley.

Trop risqué de laisser tout ça sans réponse législative, selon Kraken.

La lettre de l’entreprise se termine par un appel direct au Congrès : adopter la loi CLARITY. L’objectif de ce texte, c’est d’établir des règles de structure du marché pour les actifs numériques, avec une supervision partagée entre la Commodity Futures Trading Commission et la SEC. Il y aurait aussi des protections spécifiques pour les développeurs de logiciels. Le cadre réglementaire a déjà bougé — la SEC a annulé certaines directives, des régulateurs bancaires ont retiré des déclarations précédentes — mais Kraken veut quelque chose de plus solide, de plus permanent.

Et pendant ce temps, Kraken pousse sur un autre front. L’exchange cherche à obtenir une licence bancaire complète en Europe, via la Lituanie, pour proposer des services bancaires traditionnels dans l’Espace économique européen. Pas uniquement du crypto — des services financiers classiques. Si ça passe, Kraken serait probablement parmi les premiers exchanges à décrocher ce type de licence.

Le jugement final demandé au Delaware, les 22 millions déjà attribués par l’arbitre, la bataille pour une licence bancaire européenne, et l’appel au Congrès — Kraken joue sur plusieurs tableaux à la fois.

Questions Fréquentes

Pourquoi Kraken attaque Mazars USA en justice?

Mazars s’est retiré de l’audit 2022 de Kraken quelques jours avant sa finalisation, en décembre 2023. Un arbitre a attribué 22 millions de dollars à Kraken, qui demande maintenant à la Cour de la Chancellerie du Delaware de rendre un jugement final.

Qu’est-ce que la loi CLARITY que Kraken soutient?

La loi CLARITY vise à établir des règles de structure du marché pour les actifs numériques, avec une supervision partagée entre la CFTC et la SEC, et des protections pour les développeurs de logiciels.

Quel lien entre Kraken et l’Operation Chokepoint 2.0?

Arjun Sethi, co-PDG de Kraken, place les difficultés bancaires de l’entreprise dans ce contexte : un effort perçu comme coordonné pour couper les entreprises crypto légales des services bancaires, appuyé par des pressions informelles documentées de la FDIC vers les banques.

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Jean-Luc Maracon

Jean-Luc Maracon est un expert franco-suisse de la finance décentralisée, connu pour ses analyses pointues sur le Bitcoin, les projets Web3 européens et les enjeux réglementaires de la crypto. Basé entre Genève et Paris, il offre une perspective unique mêlant traditions bancaires et innovations blockchain. Il collabore régulièrement avec des plateformes crypto en Europe pour démocratiser l’investissement numérique. Spécialités : Bitcoin, staking, réglementation européenne, sécurité crypto, Web3.

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