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Le Bitcoin connaît un essor inattendu dans l’un des endroits les plus défavorisés : Kibera, le plus grand bidonville du Kenya. Réputé pour son taux de criminalité élevé et son accès limité aux services bancaires, ce quartier densément peuplé adopte la cryptomonnaie phare pour les transactions du quotidien. Les habitants et les petits commerçants utilisent de plus en plus le Bitcoin (BTC) afin d’éviter les frais et les retards liés aux systèmes de paiement traditionnels.
Cependant, cette adoption populaire pourrait bientôt être freinée. Une nouvelle taxe sur les actifs numériques envisagée par le gouvernement kenyan risque d’alourdir les coûts de transaction, de ralentir la dynamique actuelle et de pousser les utilisateurs vers des marchés non réglementés.
Le Bitcoin, outil d’inclusion dans l’économie informelle
Depuis quelques mois, les habitants de Kibera ont commencé à accepter le Bitcoin pour l’achat de biens et de services. Des vendeurs de produits alimentaires, des agents de gestion des déchets et des propriétaires de petites boutiques se tournent vers le BTC, jugé plus rapide, moins coûteux et plus sûr que l’argent liquide, surtout dans une zone où la criminalité est omniprésente.
Un vendeur témoigne : « J’aime le Bitcoin car c’est bon marché, rapide et il n’y a pas de frais de transaction. » Un autre ajoute : « Il est plus sûr d’être payé en Bitcoin que de transporter du liquide ici. »
Ce changement dépasse la simple commodité. Il s’agit d’inclusion financière. Dans des endroits où l’accès aux banques et aux services mobiles comme M-Pesa est difficile ou onéreux, le Bitcoin offre une alternative sans barrières.
La menace réglementaire : le projet de taxe crypto au Kenya
Avec l’augmentation de l’adoption, le gouvernement kenyan s’intéresse de près à la régulation. Le projet de loi de 2025 sur les prestataires de services d’actifs virtuels (VASP) vise à encadrer légalement les plateformes crypto dans le pays. Il introduit également une taxe de 3 % sur chaque transaction liée aux actifs numériques, qu’il y ait bénéfice ou non.
Face aux critiques, une version révisée du texte propose de réduire cette taxe à 1,5 %, mais cela pourrait rester trop élevé pour les petits investisseurs et utilisateurs.
Des experts avertissent que cette taxation uniforme pourrait pénaliser les communautés qui commencent à bénéficier des cryptomonnaies. « Si vous effectuez 10 à 20 transactions par jour et que vous payez 3 % à chaque fois, il ne reste plus de bénéfice », a expliqué Rufas Kamau, analyste principal chez FXPesa, lors d’un entretien avec CNBC.
Ce système fiscal pourrait inciter les utilisateurs à délaisser les plateformes réglementées au profit de services peer-to-peer ou étrangers, réduisant ainsi la capacité du gouvernement à surveiller et tirer parti de ce secteur.
Le cas de l’Inde comme avertissement
La situation au Kenya rappelle celle de l’Inde, où une taxe de 1 % sur les échanges crypto a entraîné une chute de près de 90 % du volume de transactions sur les plateformes centralisées. En réponse, les entreprises crypto indiennes demandent désormais une réduction à 0,1 % pour relancer le marché.
Avec environ 6 millions d’utilisateurs de cryptomonnaies—soit près de 10 % de la population—le Kenya pourrait subir un sort similaire. Le pays est actuellement classé 21e au niveau mondial selon l’indice d’adoption des cryptos de Chainalysis, devant de nombreuses économies développées.
Comparaison des coûts : Bitcoin vs M-Pesa
L’un des grands avantages du Bitcoin au Kenya est le coût élevé des services de paiement mobile. Des plateformes comme M-Pesa facturent généralement entre 0,04 % et 1 % du montant de la transaction. En comparaison, le Bitcoin permet des frais quasi nuls, notamment via des solutions comme les réseaux de couche 2 ou les applications custodiales.
Pour les foyers à faibles revenus, qui vivent souvent au jour le jour, cette différence de coût est cruciale. Une taxe de 1,5 à 3 % rendrait l’utilisation du Bitcoin plus chère que celle des paiements mobiles—faisant perdre à la cryptomonnaie son principal avantage.
Un tournant pour l’inclusion financière
L’essor du Bitcoin au Kenya s’inscrit dans un mouvement plus large d’inclusion financière dans les communautés marginalisées. Dans des régions où les banques font défaut et où même les services mobiles sont limités, les cryptos ouvrent une voie nouvelle.
Mais pour que ce potentiel se concrétise, la régulation doit être équilibrée, pas punitive. Il s’agit de promouvoir l’innovation tout en protégeant les utilisateurs—notamment en évitant de les rejeter dans l’ombre des marchés non réglementés.
Le gouvernement kenyan doit désormais choisir : va-t-il soutenir ce mouvement vers une finance numérique ouverte ou le freiner par une taxation excessive ?
Conclusion
L’utilisation croissante du Bitcoin à Kibera est un exemple puissant de la manière dont les actifs numériques peuvent résoudre des problèmes concrets dans des environnements difficiles. À l’heure où le pays débat de nouvelles réglementations, les enjeux sont considérables—non seulement pour les traders, mais aussi pour des millions de personnes qui découvrent enfin un système financier plus sûr, plus économique et plus accessible.
L’avenir de l’innovation crypto au Kenya dépendra des décisions prises dans les semaines à venir. Une chose est certaine : les habitants de Kibera sont prêts pour le changement. La question est de savoir si la loi sera prête à les accompagner.




