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Un important marché du darknet adossé à Bitcoin, Abacus Market, a soudainement disparu d’internet, dans ce que des experts soupçonnent être une arnaque de sortie soigneusement orchestrée. La plateforme, autrefois au cœur du commerce illégal numérique en Occident, est devenue inaccessible entre le 10 et le 14 juillet, emportant avec elle des millions de dollars appartenant aux utilisateurs.
Selon la société d’analyse blockchain TRM Labs, les versions dark web et clearnet d’Abacus sont désormais inaccessibles, ce qui laisse penser à une fermeture coordonnée par ses opérateurs. La firme estime désormais que les fondateurs du marché ont probablement orchestré une arnaque de sortie, coupant toutes les opérations et disparaissant avec les fonds à mesure que les autorités augmentaient la pression.
70 % de part de marché envolés du jour au lendemain
Mi-2024, Abacus représentait plus de 70 % de part de marché parmi les plateformes occidentales du darknet acceptant le Bitcoin (BTC). Le site prenait également en charge le Monero (XMR), une cryptomonnaie axée sur la confidentialité, et avait généré près de 100 millions de dollars en ventes BTC sur quatre ans. TRM estime que les ventes réelles pourraient être trois à quatre fois supérieures, étant donné le caractère intraçable du Monero.
La plateforme proposait des produits allant des psychotropes et stimulants aux médicaments non réglementés, utilisant un système centralisé de portefeuilles de dépôt — un modèle qui l’a finalement rendue vulnérable à une fraude de sortie.
La fermeture déclenchée par un pic de trafic et la pression des autorités
La chute d’Abacus serait en partie due à son propre succès. Après la saisie du marché Archetyp par Europol le 16 juin, Abacus a vu affluer de nouveaux utilisateurs. En juin, le site a enregistré 6,3 millions de dollars de ventes mensuelles, un record, augmentant encore sa visibilité.
Cette montée en puissance aurait attiré l’attention des forces de l’ordre, selon TRM Labs. Historiquement, les marchés du darknet qui atteignent une telle domination — comme Abacus — deviennent des cibles prioritaires pour les opérations internationales.
Dès fin juin, les utilisateurs ont signalé des retards de retrait. L’admin du site, connu sous le nom de “Vito”, a attribué les problèmes à une attaque DDoS et à un trafic anormalement élevé — un discours déjà entendu dans d’autres arnaques de sortie. Mais les garanties n’ont pas suffi : les dépôts quotidiens sont passés de 230 000 $ à seulement 13 000 $ entre le 28 juin et le 10 juillet.
Arnaque de sortie ou saisie discrète ?
Bien que les faits correspondent au profil classique d’une arnaque de sortie, TRM Labs n’exclut pas complètement une saisie secrète par les autorités, qui pourraient temporiser leur communication pour enquêter en profondeur.
Cependant, le scepticisme persiste. L’administrateur du forum Dread, en lien direct avec l’équipe Abacus, a écarté l’idée d’une saisie, ce qui jette un doute sur une opération sous couverture des autorités.
Dans des cas précédents comme celui de Nemesis Market, les avis officiels de saisie n’ont été publiés que plusieurs mois après la disparition du site. Faute de preuve concrète, la majorité des analystes penchent pour une fermeture volontaire à des fins lucratives.
L’histoire se répète dans l’univers du darknet
La disparition d’Abacus suit une tendance familière. D’autres marchés comme Evolution Market ou ASAP Market ont également disparu à leur apogée — soit à travers des fraudes, soit pour éviter l’arrestation.
TRM Labs rappelle que les fraudes de sortie se produisent souvent après une période de fort volume, lorsque les opérateurs profitent de l’afflux de nouveaux dépôts pour maximiser les profits avant de disparaître. Le pic d’activité d’Abacus après la chute d’Archetyp correspond exactement à ce schéma.
Le Bitcoin reste la monnaie favorite du darknet
Bien que des cryptos comme Monero soient populaires, le Bitcoin reste la principale monnaie utilisée sur les marchés du darknet, en raison de son acceptation universelle et de sa liquidité. Abacus acceptait les deux, mais une grande partie des revenus semble avoir transité en BTC, ce qui a permis à des firmes comme TRM de suivre les mouvements.
Conclusion : Le darknet à nouveau ébranlé
La disparition brutale d’Abacus Market met une fois de plus en lumière les risques inhérents au commerce sur le darknet, en particulier pour les utilisateurs stockant leurs fonds sur des portefeuilles centralisés.
Qu’il s’agisse d’une arnaque de sortie stratégique ou d’une opération discrète des forces de l’ordre, le résultat est le même : des millions de dollars envolés, des utilisateurs piégés, et la confiance dans les plateformes du darknet ébranlée.
L’événement relance aussi le débat sur l’utilisation du Bitcoin dans les marchés illégaux, alors même que son adoption légitime s’accélère. Alors que les régulateurs intensifient leur surveillance, l’ère des fortunes anonymes du dark web pourrait toucher à sa fin… ou simplement évoluer.



