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Les autorités françaises veulent que les plateformes d’échange de cryptomonnaies assument une véritable responsabilité juridique en cas de pertes subies par leurs clients en lien avec des protocoles DeFi — et elles cherchent à remodeler la manière dont l’Europe supervise les plus grandes plateformes du marché.
Pourquoi c'est important
Cette initiative française dépasse le seul débat juridique : elle touche à la façon dont l’Europe répartira, à terme, les risques entre intermédiaires centralisés et écosystème décentralisé. En cherchant à renforcer la responsabilité des grandes plateformes, Paris pousse vers un encadrement plus strict qui pourrait modifier la gestion du risque, la confiance des investisseurs et la compétitivité des acteurs régulés sur le marché européen.
La proposition a été présentée mercredi dans le cadre d’une contribution commune à une consultation de la Commission européenne sur la nécessité de mettre à jour MiCA. Quatre autorités françaises l’ont approuvée : le Trésor, l’Autorité des marchés financiers, la banque centrale et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Cette position commune est rare, et la portée de leurs demandes est assez large.
Dans sa version actuelle, MiCA ne couvre pas les services entièrement décentralisés qui fonctionnent sans intermédiaires. C’est cette lacune que la France veut commencer à combler.
Contrôles de la DeFi et responsabilité des plateformes
Voici l’essentiel de la proposition française : si une plateforme réglementée met activement ses clients en relation avec un protocole DeFi, elle devrait d’abord examiner ce protocole. Et pas seulement une fois. Une surveillance continue des vulnérabilités et des activités suspectes serait également exigée. Les autorités françaises veulent aussi que la certification s’applique aux protocoles et aux contrats intelligents dans le cadre de ce dispositif.
La question de la responsabilité est abordée directement. Les prestataires de services sur crypto-actifs — les CASP — seraient tenus responsables de certains incidents affectant leurs clients lorsque la plateforme a activement facilité leur accès. L’acte de mettre un client en relation avec un protocole aurait donc une portée juridique. Il ne suffirait pas de dire que le protocole était décentralisé et que le problème relevait donc de quelqu’un d’autre.
Les petits prestataires ne seraient pas soumis à l’ensemble de ces obligations. Ils seraient assujettis à des exigences proportionnées, même si la réponse ne précise pas exactement comment cette modulation fonctionnerait dans la pratique.
Les plateformes ne seraient pas non plus interdites d’orienter leurs clients vers des protocoles non certifiés. Elles pourraient toujours le faire — mais uniquement si elles effectuent leurs propres vérifications préalables et fournissent aux clients des informations renforcées sur les risques avant qu’ils ne s’y aventurent. Il s’agit essentiellement d’une exception qui maintient l’accès tout en faisant peser clairement la charge de conformité sur la plateforme.
Les portefeuilles en auto-conservation bénéficient d’un traitement distinct. Les autorités françaises se sont opposées à l’instauration d’exigences générales de certification pour les développeurs de portefeuilles non dépositaires. Elles soutiennent toutefois une certification volontaire pour les portefeuilles plus avancés intégrant des services DeFi. C’est une position nuancée — probablement l’un des points les plus intéressants de tout le document.
Supervision de l’ESMA et seuil de 15 millions d’utilisateurs
La France a également plaidé pour un important changement de supervision. La proposition soutient le transfert de la surveillance des CASP d’importance significative des autorités nationales vers l’Autorité européenne des marchés financiers. Actuellement, la supervision reste du ressort national. La France veut que les grands acteurs passent sous la surveillance de l’ESMA.
MiCA fixe actuellement à 15 millions le seuil d’utilisateurs actifs quotidiens moyens dans l’UE pour obtenir le statut d’acteur « d’importance significative ». La France estime que ce seuil est trop élevé. Elle souhaite l’abaisser — et veut que les critères ne se limitent pas au simple nombre d’utilisateurs. Les actifs conservés, les risques liés aux activités et la complexité du groupe seraient également pris en compte dans la proposition française.
Ce dernier point compte. Une plateforme comptant moins d’utilisateurs, mais détenant d’immenses actifs en conservation ou présentant des structures d’entreprise complexes, pourrait faire peser un risque systémique plus important qu’un acteur plus grand, mais plus simple. La réponse ne propose aucun seuil de remplacement précis et ne fixe pas de niveaux pour les critères supplémentaires. Il manque donc encore beaucoup de détails.
ART, stablecoins et calendrier de révision
La France a également demandé une révision de la catégorie des jetons se référant à un ou plusieurs actifs (ART). Les ART sont des jetons conçus pour conserver une valeur stable en se référant à un ou plusieurs actifs. À noter : aucun n’avait été autorisé au titre de MiCA au moment de la contribution. Zéro. C’est un signe assez clair qu’un élément du dispositif ne fonctionne pas.
Pour les stablecoins multidevises en particulier, les autorités françaises ont proposé d’adapter le cadre applicable aux jetons de monnaie électronique afin d’inclure ces jetons dans son champ d’application. La réponse ne précise pas quelles modifications concrètes seraient nécessaires.
La Commission européenne a lancé la consultation afin de recueillir des avis sur les activités liées aux cryptomonnaies qui ne relevaient pas du champ d’application initial de MiCA, au premier rang desquelles figure la DeFi. Les réponses alimenteront un rapport destiné aux législateurs de l’UE. Ce rapport doit être remis d’ici au 30 juin 2027 et pourrait inclure des propositions visant à modifier effectivement le règlement.
Les obligations proposées s’appliqueraient pleinement aux CASP d’importance significative. Les petits prestataires seraient soumis à des exigences proportionnées. La manière dont les prestataires seraient classés au-delà des changements proposés par la France aux critères d’importance significative reste floue. La réponse n’aborde pas la question.
Ce qui est clair, c’est que la France veut que les plateformes réglementées assument leur rôle dans la chaîne de la DeFi. Si vous mettez un client en relation avec un protocole, vous prenez part à ce qui se passe ensuite.
Questions Fréquentes
Quels contrôles de la DeFi la France propose-t-elle pour les plateformes crypto ?
La France veut que les plateformes vérifient les protocoles DeFi avant d’en donner l’accès et qu’elles les surveillent en continu afin de repérer les vulnérabilités et les activités suspectes. La proposition prévoit également la certification des protocoles et des contrats intelligents.
Quand le rapport de l’UE sur MiCA doit-il être remis ?
Le rapport de la Commission européenne destiné aux législateurs de l’UE doit être remis d’ici au 30 juin 2027 et pourrait inclure des propositions visant à modifier MiCA.
Les plateformes crypto se verraient-elles interdire de mettre des utilisateurs en relation avec des protocoles DeFi non certifiés ?
Non. Selon la proposition française, les plateformes pourraient toujours orienter leurs clients vers des protocoles non certifiés, à condition d’effectuer leurs propres vérifications préalables et de fournir aux clients des informations renforcées sur les risques.





