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Le représentant américain Ro Khanna (démocrate de Californie) a ravivé le débat sur l’éthique politique et la régulation des cryptomonnaies après la grâce présidentielle de Donald Trump accordée au fondateur de Binance, Changpeng Zhao (CZ). Intervenant lundi dans l’émission Morning Joe sur MSNBC, Khanna a accusé le président de faire preuve d’une « corruption flagrante » et a annoncé son intention de présenter un nouveau projet de loi interdisant aux élus de posséder ou de créer des cryptomonnaies.
Un projet de loi contre les conflits d’intérêts liés aux cryptos
Selon Khanna, cette proposition répond à des « inquiétudes croissantes liées à la corruption ». Elle viserait à étendre les restrictions éthiques déjà en vigueur concernant le commerce d’actions aux actifs numériques, un secteur encore largement non réglementé à Washington.
« Il n’est pas nécessaire d’être un expert en cryptomonnaies pour comprendre ce qui s’est passé ici », a déclaré Khanna. « Un milliardaire étranger impliqué dans le blanchiment d’argent, envoyant de l’argent au Hamas, à l’Iran et à des abuseurs d’enfants — et il est ensuite gracié par le président. »
Les propos de Khanna constituent l’une des critiques les plus virulentes d’un élu en exercice à la suite de la grâce controversée de Trump envers Zhao, qui avait plaidé coupable de violations liées au blanchiment d’argent en 2024, dans le cadre d’un accord à 4,3 milliards de dollars avec le Département de la Justice américain.
Des erreurs de faits mais un message politique fort
Durant son intervention, Khanna a toutefois commis plusieurs erreurs factuelles : il a affirmé que Zhao avait « purgé quatre ans de prison » et avait été « condamné », ce qui est inexact. En réalité, Zhao a été condamné à quatre mois de détention après son plaidoyer de culpabilité, sans condamnation formelle lors d’un procès.
Malgré ces inexactitudes, Khanna a maintenu son argument principal : selon lui, la grâce présidentielle constitue un abus clair de pouvoir, d’autant plus qu’elle impliquerait des liens entre Zhao et des projets crypto liés à l’administration Trump.
Il a accusé l’ancien président d’avoir accordé la grâce alors que Zhao « finançait essentiellement le stablecoin crypto de Donald Trump », en référence à World Liberty Finance, qu’il a décrit comme « l’entreprise crypto du fils du président ».
« C’est totalement illégal. C’est sous nos yeux », a ajouté Khanna. « Les élus devraient être interdits de détenir des cryptomonnaies ou d’accepter des fonds étrangers. »
Une extension de sa lutte contre la corruption politique
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts de Khanna pour renforcer la transparence gouvernementale et réduire les conflits d’intérêts parmi les responsables publics. En 2023, il avait déjà présenté le Ban Congressional Stock Trading Act, un projet de loi bipartite visant à interdire aux élus et à leurs familles de négocier des actions individuelles pendant leur mandat.
Ce texte exigeait des législateurs qu’ils vendent leurs actions personnelles ou les placent dans des fiducies aveugles, limitant les investissements à des fonds indiciels diversifiés ou à des obligations du Trésor américain. Bien que le projet ait échoué en commission, il a jeté les bases d’une nouvelle série d’initiatives éthiques — désormais centrées sur les cryptomonnaies.
Khanna estime que les mêmes restrictions doivent s’appliquer aux actifs numériques, qui présentent selon lui un risque encore plus élevé de conflits d’intérêts, de délits d’initiés et d’influence étrangère.
« Ce n’est pas un problème technologique, c’est un problème de corruption », a-t-il déclaré. « Il s’agit d’argent qui circule vers la Maison-Blanche, en échange d’actes officiels comme des grâces présidentielles. »
Un débat bipartisan émergent sur l’éthique crypto
Les propos de Khanna ont relancé un nouveau débat au Congrès sur la façon de gérer la transparence autour des actifs numériques. Bien que sa proposition n’ait pas encore obtenu de soutien bipartite officiel, elle rejoint les préoccupations de plusieurs élus républicains favorables à des règles plus strictes sur la détention de cryptomonnaies par les responsables publics, notamment après les affaires Binance, FTX et d’autres grandes plateformes.
Des analystes politiques estiment que la controverse entourant la grâce de Zhao pourrait accélérer les appels à une réforme éthique plus globale à Washington, alors que les cryptos influencent de plus en plus le financement politique et les décisions publiques.
Restaurer la confiance du public
Khanna affirme que son objectif ultime est de rétablir la confiance du public en éliminant les incitations financières susceptibles d’influencer les politiques. Selon lui, les élus ne devraient pas profiter de marchés qu’ils ont le pouvoir de réguler, qu’il s’agisse d’actions traditionnelles ou d’actifs blockchain.
Même si sa loi de 2023 sur le commerce d’actions n’a jamais été adoptée, elle a contribué à façonner le débat bipartisan sur l’éthique financière. Désormais, avec un marché crypto en pleine expansion, Khanna souhaite combler ce qu’il appelle une “faille éthique flagrante” dans la surveillance des actifs numériques.
L’avenir de sa proposition reste incertain, mais son timing — juste après la grâce de Trump — garantit que son message résonne fortement dans les milieux politiques comme financiers.




