Community Trust ScoreVérifié
Dans une initiative qui pourrait profondément transformer la régulation des crypto-actifs aux États-Unis, Ripple Labs a proposé un nouveau cadre appelé « test de maturité du réseau », destiné à clarifier à quel moment les tokens numériques ne doivent plus être considérés comme des titres financiers. Cette proposition, exposée dans une lettre adressée à la Securities and Exchange Commission (SEC), vise à combler un vide juridique de longue date et à apporter la clarté tant attendue à l’industrie crypto.
Ripple remet en question le statu quo
Depuis des années, la question de savoir si — et quand — les tokens cryptographiques cessent de faire partie d’une offre de titres financiers pour devenir des actifs librement échangeables perturbe investisseurs, développeurs et régulateurs. Actuellement, la SEC s’appuie sur des concepts ambigus tels que la « décentralisation suffisante » pour déterminer si un token échappe aux lois sur les valeurs mobilières. Ripple estime que ces critères sont trop subjectifs et n’offrent aucune directive exploitable.
En réponse, la société recommande un ensemble de normes plus objectives — ce qu’elle appelle un test de maturité du réseau. Cette approche permettrait d’établir des critères clairs pour déterminer quand un actif numérique a dépassé ses origines liées à un contrat d’investissement, et ne devrait donc plus être soumis à la surveillance de la SEC en tant que titre financier.
Qu’est-ce que le test de maturité du réseau ?
Le test proposé par Ripple repose sur trois éléments clés :
-
Capitalisation boursière : Le token doit avoir une valeur de marché en circulation d’au moins 1 milliard de dollars.
-
Longévité opérationnelle : Le réseau doit fonctionner depuis au moins 10 ans.
-
Gouvernance décentralisée : Aucun acteur unique ne doit avoir un contrôle unilatéral sur le protocole. Le réseau doit être ouvert et sans autorisation.
Ces critères visent à identifier les tokens activement utilisés, largement distribués et ne dépendant pas d’une entité centrale — des caractéristiques qui les rapprochent davantage des matières premières comme l’or ou des devises, plutôt que des titres financiers.
Ripple soutient que les tokens répondant à ces normes évoluent déjà dans des marchés transparents et liquides, où les investisseurs ont accès à des informations publiques suffisantes. Cela rendrait donc inutile la protection renforcée prévue par les lois sur les valeurs mobilières.
Résoudre l’ambiguïté juridique
Dans sa lettre adressée à la task force crypto de la SEC, l’équipe juridique de Ripple a souligné que la législation actuelle ne propose aucun critère clair pour déterminer le moment où un actif numérique se sépare de son contrat d’investissement initial. Selon eux, en l’absence d’action du Congrès, la SEC devrait adopter une interprétation plus fidèle de la loi existante et éviter d’étendre son autorité au-delà des limites définies.
La lettre de Ripple propose un test juridique selon lequel un token est présumé séparé de son contrat d’investissement sauf si deux conditions sont remplies :
-
L’émetteur initial n’a pas respecté une promesse matérielle.
-
Le détenteur actuel conserve des droits exécutoires liés à cette promesse.
Cette approche vise à limiter l’autorité de la SEC aux seuls cas où une protection réelle des investisseurs est justifiée, plutôt que d’appliquer des règles générales à tous les actifs numériques, quel que soit leur état de développement ou leur usage.
Sphère de sécurité et pouvoir législatif
Ripple ne se contente pas de proposer un changement d’interprétation — l’entreprise milite aussi pour une nouvelle législation. Elle affirme que seul le Congrès possède l’autorité constitutionnelle pour définir le statut juridique des actifs numériques à long terme. En attendant, Ripple soutient la création d’une sphère de sécurité ciblée pour les développeurs et participants agissant de bonne foi.
Cette sphère offrirait une protection réglementaire aux projets en phase de développement, à condition qu’ils opèrent de manière transparente et sans pratiques trompeuses.
Ripple contre la SEC : la bataille juridique continue
Cette proposition intervient alors que Ripple est toujours engagé dans une bataille judiciaire avec la SEC. En août dernier, la juge Analisa Torres a statué que le token XRP de Ripple n’est pas un titre financier lorsqu’il est échangé sur des marchés secondaires, comme les bourses. Cependant, elle a également conclu que les ventes directes institutionnelles de XRP par Ripple constituaient bien des offres de titres financiers non enregistrées.
Bien que cette décision ait apporté une certaine clarté, plusieurs questions restent en suspens. Plus tôt ce mois-ci, la juge Torres a refusé d’approuver un règlement de 125 millions de dollars entre Ripple et la SEC, prolongeant ainsi le litige.
La dernière proposition réglementaire de Ripple peut donc être vue comme une tentative de déplacer le débat du terrain judiciaire vers le champ législatif. En proposant une alternative pratique et fondée sur des critères concrets, Ripple se positionne comme un acteur central du débat sur la réforme réglementaire.
Pourquoi c’est important
Pour les développeurs, investisseurs et régulateurs du secteur crypto, le test de maturité du réseau de Ripple pourrait représenter un tournant. Il introduit une trajectoire mesurable et fondée sur le temps permettant aux tokens de perdre leur statut de titre financier, offrant ainsi la sécurité juridique qui a longtemps fait défaut dans le paysage réglementaire américain.
Si ce cadre est adopté, il pourrait réduire les risques juridiques pour les projets sérieux et encourager davantage d’innovation sur le sol américain. Il met également la pression sur la SEC et les législateurs pour qu’ils réagissent — soit en adoptant les recommandations de Ripple, soit en proposant leurs propres solutions législatives.
Conclusion
Alors que le débat sur la régulation des actifs numériques s’intensifie, la proposition de Ripple ajoute une nouvelle dimension. En appelant à des critères clairs et objectifs, l’entreprise remet en question l’approche actuelle de la SEC et pousse vers un cadre juridique aligné sur la réalité fonctionnelle des tokens crypto.
Bien qu’il reste à voir si la SEC adoptera cette proposition, l’initiative de Ripple reflète un mouvement plus large en faveur d’une régulation crypto plus rationnelle et équilibrée aux États-Unis.