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Le 10 décembre, lors de l’émission « Crypto In America », John D’Agostino, responsable des institutions chez Coinbase, a révélé une expérimentation intrigante menée par la Banque nationale tchèque. Cette institution a commencé à tester l’intégration du Bitcoin dans son trésor national et pour des paiements, marquant ainsi une potentielle tendance pour d’autres pays de la zone euro. Une telle démarche pourrait bouleverser les pratiques monétaires traditionnelles au sein de l’Union européenne.
Cette expérimentation pragmatique, bien que limitée à un million de dollars en Bitcoin, revêt une importance symbolique pour D’Agostino. Il souligne que la valeur de cette initiative réside dans l’acteur lui-même plutôt que dans le montant investi. Contrairement aux précédentes tentatives de pays comme le Salvador, qui cherchaient à revitaliser leurs économies en difficulté, la République tchèque est un pays stable de la zone euro qui n’est pas contraint de prendre de tels risques.
Ce choix stratégique par la République tchèque s’inscrit dans un processus rigoureux, typique des institutions européennes : demandes de propositions (RFP), sélection de fournisseurs et adoption formelle dans la politique nationale. D’Agostino prévient que ce mouvement, bien que discret, pourrait être « contagieux » et entraîner d’autres pays européens sur la même voie.
Historiquement, l’adoption du Bitcoin par des banques centrales européennes pourrait redéfinir le statut du Bitcoin dans le système monétaire mondial. En 2022, la Banque centrale d’Angleterre avait déjà étudié l’impact potentiel des cryptomonnaies sur la stabilité financière, bien qu’aucune action concrète n’ait été prise à l’époque. L’initiative tchèque pourrait donc inciter d’autres pays à reconsidérer leurs positions.
D’Agostino remet en question l’idée que la clarté réglementaire soit le principal obstacle à l’investissement institutionnel dans les cryptomonnaies. Selon lui, la liquidité du marché et la présence d’une structure crédible sont des facteurs plus déterminants pour attirer les investissements. Les ETF Bitcoin ont, selon lui, créé un groupe d’utilisateurs commerciaux obligatoires, stabilisant ainsi le marché du Bitcoin de manière similaire aux utilisateurs industriels dans les marchés de matières premières.
Cependant, il avertit des risques potentiels de cette adoption. L’utilisation de Bitcoin par une banque centrale pourrait exposer des économies stables aux fluctuations volatiles des cryptomonnaies, un risque que le cadre réglementaire actuel pourrait ne pas entièrement atténuer.
Par ailleurs, l’industrie cryptographique doit encore surmonter les stigmates passés liés à des scandales financiers et à des failles de sécurité retentissantes. D’Agostino compare la situation du secteur des crypto-actifs à celle du marché traditionnel, qui malgré ses propres échecs, parvient souvent à les minimiser et à les gérer discrètement.
En revanche, la reconnaissance croissante du Bitcoin par des institutions aussi conservatrices que les banques centrales de la zone euro pourrait contribuer à légitimer l’actif numérique sur la scène mondiale. La monnaie numérique a déjà fait ses preuves en tant qu’outil de diversification de portefeuille pour certains investisseurs privés et institutionnels aux États-Unis et en Asie.
Vers la fin de son discours, D’Agostino a précisé que ce phénomène ne se traduirait pas par une ruée soudaine vers les investissements en Bitcoin, mais plutôt par une lente érosion des réticences institutionnelles. « Il n’y a pas de vague, » a-t-il déclaré, soulignant que le processus sera graduel et continu plutôt qu’un bouleversement rapide.
Ainsi, si l’expérience tchèque réussit à convaincre d’autres pays de la zone euro d’adopter une approche similaire, cela pourrait symboliser un tournant décisif pour l’intégration des cryptomonnaies dans les systèmes économiques traditionnels. À l’heure actuelle, le Bitcoin se négocie à 90 234 dollars, ce qui souligne son attrait croissant malgré les défis persistants.



