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Le FMI vient de valider une tranche de 140 millions de dollars pour le Salvador. Pas un cadeau — une transaction. En échange, le pays a sacrifié ce qui faisait sa particularité : le bitcoin comme monnaie légale, statut qu’il avait été le premier au monde à adopter en septembre 2021.
Ça fait un peu plus de trois ans que le Salvador vivait cette expérience. Trois ans à tenter de prouver qu’un État pouvait fonctionner avec un actif aussi volatile que le bitcoin en parallèle du dollar américain. Le FMI n’a jamais été convaincu. L’organisation a mis la pression, longuement, sur la volatilité du bitcoin et ses risques potentiels pour les finances publiques du pays. En janvier 2025, Bukele a cédé. Le bitcoin perd son statut légal. Et en décembre 2024, un accord-cadre de 1,4 milliard de dollars total est signé. La tranche de 140 millions récemment approuvée correspond aux « deuxième et troisième examens » de cet accord.
Pas encore totalement bouclé.
L’approbation formelle du conseil d’administration du FMI est toujours en attente pour débloquer effectivement ces fonds. C’est une étape administrative, mais elle compte. Le Salvador a besoin de cette validation pour que l’argent arrive vraiment. En attendant, les chiffres économiques du pays semblent plutôt solides sur le papier — la croissance a dépassé les prévisions l’an dernier, et le FMI voit une progression de 4,5% pour 2026. L’investissement monte, la consommation monte, les transferts de fonds depuis la diaspora restent robustes, le tourisme progresse.
Bukele, la Sécurité et le Prix Social
Nayib Bukele est au pouvoir depuis 2019. Sa méthode est connue : poigne sur la sécurité, austérité budgétaire, communication agressive sur les réseaux. Les taux de criminalité ont chuté de façon spectaculaire — c’est factuel, et c’est ce qui attire les investisseurs étrangers et les touristes. Le Salvador n’était pas réputé pour être une destination safe. Ça a changé.
Mais le coût humain est réel. Environ 15 000 fonctionnaires licenciés, selon des économistes. Les syndicats, eux, parlent de 47 000 emplois supprimés dans le secteur public depuis l’arrivée de Bukele. C’est un écart énorme entre les deux chiffres — et la source ne précise pas lequel est le plus proche de la réalité. Les deux circulent, les deux sont contestés.
Et malgré la croissance, environ 30% de la population vit toujours sous le seuil de pauvreté. Le Salvador reste l’un des pays avec les taux de croissance les plus faibles d’Amérique centrale sur le long terme. Ça, c’est le paradoxe Bukele en résumé : les indicateurs macro s’améliorent, les investisseurs reviennent, et pourtant une large partie de la population ne voit pas grand-chose changer dans son quotidien.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont aussi tiré la sonnette d’alarme sur les méthodes utilisées pour réduire la criminalité — arrestations massives, conditions de détention, droits civiques sous pression. Ces critiques coexistent avec les chiffres positifs sur la sécurité. Pas simple à démêler.
Bitcoin Sacrifié, Économie Récompensée
Le bitcoin, donc. L’expérience a duré un peu plus de trois ans. L’idée de départ était ambitieuse : inclure financièrement les populations non bancarisées, attirer les investisseurs crypto, positionner le Salvador comme pionnier d’une nouvelle économie numérique. Ça a généré beaucoup de bruit médiatique. Des conférences, des visites de figures crypto, un portefeuille d’État — le Chivo wallet — lancé en grande pompe.
Mais dans les faits, l’adoption par la population est restée limitée. Beaucoup de Salvadoriens n’ont pas utilisé le bitcoin au quotidien. La volatilité de l’actif rendait la chose compliquée pour payer une tortilla ou régler un loyer. Et les finances publiques, exposées à un actif qui peut perdre 50% en quelques mois, ça inquiète les créanciers internationaux. Logique.
Donc quand le FMI a posé ses conditions pour débloquer 1,4 milliard de dollars, le calcul politique de Bukele a été assez direct : 1,4 milliard contre l’abandon d’un statut symbolique que la population n’utilisait pas vraiment. Le bitcoin peut toujours circuler au Salvador — il n’est pas interdit. Il n’est juste plus monnaie légale. Les commerçants ne sont plus obligés de l’accepter.
Les investisseurs et transferts de fonds ont continué d’affluer. La diaspora salvadorienne envoie des sommes importantes chaque année — c’est une source de revenus majeure pour le pays, et ça ne dépendait pas du statut légal du bitcoin.
L’accord avec le FMI porte sur des réformes plus larges : discipline budgétaire, réduction des dépenses publiques, amélioration de la gouvernance financière. Le bitcoin n’était qu’une condition parmi d’autres, même si c’était la plus visible médiatiquement.
Les 140 millions actuellement en jeu représentent une tranche d’un programme bien plus large. La capacité du Salvador à continuer à débloquer les tranches suivantes dépendra de sa conformité continue avec les conditions du FMI — et là, les syndicats et les organisations sociales regardent de très près ce que ça implique pour l’emploi public et les services sociaux.
Trente pour cent de la population sous le seuil de pauvreté, 47 000 emplois publics perdus selon les syndicats, et une croissance attendue à 4,5% pour 2026.
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Questions Fréquentes
Pourquoi le Salvador a-t-il abandonné le bitcoin comme monnaie légale ?
Le retrait du statut légal du bitcoin en janvier 2025 faisait partie des conditions imposées par le FMI pour débloquer un programme de prêts de 1,4 milliard de dollars, signé en décembre 2024. Le FMI craignait que la volatilité du bitcoin expose les finances publiques salvadoriennes à des risques excessifs.
Combien d’emplois ont été supprimés au Salvador sous Bukele ?
Les économistes parlent d’environ 15 000 fonctionnaires licenciés, mais les syndicats estiment que 47 000 emplois ont été supprimés dans le secteur public depuis l’arrivée au pouvoir de Nayib Bukele en 2019.
Quelle est la croissance économique prévue pour le Salvador en 2026 ?
Le FMI prévoit une croissance de 4,5% pour le Salvador en 2026, portée par l’investissement, la consommation, les transferts de fonds de la diaspora et le tourisme, dans un contexte d’amélioration de la sécurité intérieure.
Pourquoi c'est important
L'abandon du bitcoin comme monnaie légale par le Salvador soulève des questions cruciales sur l'avenir des cryptomonnaies dans les politiques monétaires nationales. En renonçant à cette expérimentation audacieuse, le pays illustre les défis auxquels font face les États qui tentent d'intégrer des actifs numériques dans leurs systèmes financiers, tout en mettant en lumière les répercussions potentielles sur l'adoption mondiale des cryptomonnaies. Cette décision pourrait aussi influencer d'autres nations qui envisagent de suivre un modèle similaire, soulignant ainsi les tensions entre innovation financière et stabilité économique.




